Trésors de nos collections

Où les livres sont des objets d'art...

Lorsqu’on étudie le livre ancien, on s’intéresse bien sûr à son contenu : laïc ou religieux ? Langue vernaculaire, latin ? Philosophie, géographie, manuel de grammaire ? Antiphonaire, missel, ou encore textes sacrés… ? Pourtant, ce qui nous attire l’œil en premier lieu, ce qui fait vibrer nos cordes d’esthète, ce sont les reliures.

 

Livre des prouffitz

 

Les fonds anciens de la bibliothèque du Puy-en-Velay regorgent d’exemplaires de toutes époques magnifiquement reliés, décorés, dorés. Autant d’aspects qui nous en apprennent beaucoup sur l’histoire personnelle de chacun des livres que nous conservons. Petit tour d’horizon de quelques pièces parmi les plus remarquables…

 Patr PuyenVelay.LollWillems 82

 

Innocent IV, Apparatus Decretalium, Venise : Bernardino Stagnino, 1495 - FG 3010 R

FG 3010 R 14

Voici une demi-reliure du XVe siècle : le cuir ne recouvre que la moitié du « plat » de reliure. Il est lui-même appelé « peau retournée », c’est-à-dire qu’on a utilisé le côté interne de la peau, plus duveteux, plutôt que son côté externe, plus courant. Le cuir est tendu sur un ais : une planchette de bois, le plus souvent issue d’un arbre fruitier, qui structure la reliure.

 

Presque systématiquement à cette époque, les plats de reliure sont maintenus côté « gouttière » (tranche du livre qui laisse apparaître les pages) par des fermoirs. Ici, on voit nettement que la partie en cuir des fermoirs était colorée de rouge. Le mécanisme du fermoir, lui, est en métal.

 

FG 3010 R 3

FG 3010 R 1

 

 

 

 

 

 

 

 FG 3010 R 13

 

Jean Barbier, Viatorium utriusque juris, Lyon : Joannis Trechsel, [1488-1490] - FC 2752

Il n'est pas rare que les fermoirs fassent l'objet d'une attention particulière, et deviennent de véritables pièces d'orfèvrerie. C'est le cas de ce petit incunable, publié autour de 1488-1490 (et dont l'auteur est l'yssingelais Jean Barbier). Son fermoir est en cuivre, et présente un motif floral particulièrement fin.FC 2752 28

Sa reliure, certainement d'époque, ou peu s'en faut, est par ailleurs remarquablement travaillée : on y voit tout un décor estampé à froid (c'est-à-dire sans dorure) de filets entrecroisés, présentant des motifs floraux au petit fer. Le cuir utilisé est un veau, tendu sur ais.

FC 2752 34

 

 

 

 

 

 

 

 

FC 2752 4

 

 

FC 2752 24FC 2752 30

 

 

 

 

 

 

 

Francis Bacon, L'Artisan de la fortune, Paris : Pierre Rocolet, 1640 - FC 2323

FC 2323 15

L'un des cuirs de reliure les plus utilisés, quand il s'agit de beau livre, est le maroquin. Il s'agit d'une peau de chèvre, de belle qualité, dont la teinte la plus courante est le rouge (il en existe beaucoup d'autres).

Le maroquin se prête très bien à la décoration. Ici, il est presque entièrement "fleurdelisé" à la feuille d'or, et les décors se retrouvent jusque dans les parties les plus inaccessibles de la reliure. L'irrégularité de la répétition du motif, bien plus serrée en haut et en bas que sur les côtés, montre que les fleurs de lys ont été réalisées au petit fer.

La tranche est dorée, donnant ainsi un aspect encore plus luxueux à ce petit livre du XVIIe siècle. 

 

 

FC 2323 22

 

 La suite dans un prochain article...

Où l'on observe un best-seller des débuts de l'imprimerie...
IMG 56432

 

... la Margarita Philosophica (« La perle philosophique ») de Gregor Reish.

 

 

 

 

 

 

 

Rédigée dans les dernières années du XVe siècle, la première publication de cette œuvre date de 1503, et sera réimprimée à de nombreuses reprises tout au long du XVIe siècle. Pour preuve, les collections de la bibliothèque du Puy-en-Velay en conservent deux : la première de 1512, la seconde de 1517.

IMG 56442 IMG 56462

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À l’origine de ce succès, un concept novateur : il s’agit de la première encyclopédie imprimée du monde occidental. Elle se présente sous forme de dialogue entre un maître et son élève (à l'image de la première gravure affichée ci-dessus), et aborde les nombreuses disciplines d’enseignement qui sont le reflet à la fois de la tradition médiévale et de la transition vers la curiosité humaniste. De très nombreuses gravures, en pleine page ou sous forme de vignettes, viennent illustrer le texte d’allégories et d’exemples destinés à faciliter la compréhension du texte. On peut voir ci-dessus l'astronomie à gauche, la géométrie à droite.

 

IMG 56432

Dans la partie dédiée à la géographie, basée sur les connaissances transmises par Ptolémée (IIe ap. J.-C.), on trouve ce qui serait la première mention imprimée du continent américain, sous la forme d'une note sur une mappemonde :

« Hic non terra sed mare est : in quo mire magnitudinis Insule, sed Ptolemeo fuerunt incognite »

« Ici il n’y a pas de terre, mais la mer dans laquelle on trouve des îles qui étaient inconnues de Ptolémée »

 

 

 

 

Ci-dessus, on voit la représentation du vent d'Ouest, le Zéphyr, soufflant sur l'Afrique.

 

IMG 563421

 

L'exemplaire de la bibliothèque du Puy, daté de 1512 et imprimé chez Gruninger, présente une très belle reliure. Les plats sont entièrement estampés aux petits-fers et à la roulette. On y trouve les représentations de motifs floraux, d'animaux et de figures humaines, toujours parfaitement reconnaissables, malgré les frottements et les dégradations dues au temps. Autre élément remarquable, bien plus rare : les tranches dorées sont également gaufrées en formes géométriques répétitives.

 

IMG 56492

 

Si cet article a éveillé votre curiosité, n'hésitez pas à demander à consulter ce document ! Pour cela, rendez-vous au deuxième étage de la bibliothèque, avec votre carte d'abonnement, obligatoire pour consulter des documents du fonds patrimonial.

Toutes les images de cette page sont issues de nos éditions de la Margarita Philosophica.

Où l'on parle de mouches à miel et où l'on voit des sangliers anthropomorphes...

Livre des prouffitz

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'un des trésors de nos collections d'imprimés est un petit livre imprimé au début du XVIe siècle, connu sous le nom de Livre des Prouffitz champestres et ruraulx. Initialement rédigé en latin dans les premières années du XIVe siècle, par l'italien Pietro de Crescenzi, il s'est d'abord intitulé Ruralium Commodorum. Il devient très rapidement une telle référence de l'agronomie médiévale qu'il fut traduit en français sur ordre du roi dès 1373.

titre

travaux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pietro de Crescenzi adopte une structure encyclopédique, novatrice à cette époque, pour la rédaction de son traité : il regroupe en douze thématiques les grands domaines de l'agronomie. Il s'appuie sur les grands auteurs qui l'ont précédés sur ce sujet : Aristote pour ce qui est des plantes, Palladius pour, entre autres, l'élevage des "mouches à miel", etc.

mouches1

Dès ses premières éditions imprimées, tout comme dans ses versions manuscrites, le Livre des Prouffitz a bénéficié d'un riche développement iconographique. Tout au long des pages de notre exemplaire (daté de 1516, imprimée chez Petit et Le Noir), on retrouve des gravures sur bois, qui pour certaines, sont fidèles aux enluminures qui décoraient les premiers manuscrits.

Livre III – Les cultures céréalières

cérérales

Livre IV – La vigne et le vin

vigne

Livre V – L'arboriculture et les fruits (médecine et alimentation)

arbres

Livre VI – La culture des plantes du jardin (médecine et alimentation)

plantes

Livre IX – L'élevage (des chevaux jusqu'aux paons)

Animaux

On remarque également de très nombreuses lettrines, de styles très variés, qui parfois prêtent à sourire.

L1

N

 

 

 

 

 

 

 

L3

J

 

 

 

 

 

 

 

La reliure ancienne, bien que très endommagée, "frottée", laisse encore deviner des décors géométriques, peut-être floraux ou animaux, réalisés "à la roulette". Grâce à une restauration récente, les plats décorés dont on voit nettement qu'ils étaient détachés du livre sont de nouveau parties intégrantes de sa structure.

 plat sup

Si cet article a éveillé votre curiosité, n'hésitez pas à demander à consulter ce document ! Pour cela, rendez-vous au deuxième étage de la bibliothèque, avec votre carte d'abonnement, obligatoire pour consulter des documents du fonds patrimonial.

Toutes les images de cette page sont issues de notre édition du Livre des Prouffitz.

Où l’on peut tout savoir sur la Haute-Loire

Livre des prouffitz

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Tout récemment inscrits dans le catalogue de la bibliothèque, les journaux et revues du Fonds Local sont disponibles en consultation sur place dans la salle Patrimoine !

 

Ces périodiques touchent une très grande variété de thèmes en lien avec le territoire : archéologie, généalogie, agriculture, histoire, vie sociale, ufologie, etc. et s’étend du XIXe au XXe siècle. Une grande majorité des revues est issue de ce qu’on appelle la « presse morte », c’est-à-dire que la publication s’est arrêtée. Mais ces revues n’en sont pas moins intéressantes. On peut ainsi trouver de nombreux articles sur le terroir et l’histoire du Velay mais également des revues en occitan…

 

Il est aussi possible de consulter des revues qui sont toujours en cours de publication. Massif Central ou Les Cahiers du Mézenc sont des revues contemporaines, empruntables.

Il existe ensuite des revues plus spécifiques :

- Les Cahiers de la Haute-Loire : il s’agit d’un recueil d’études consacrées au département de la Haute-Loire.

- Autour de Vallès : cette revue dirigée par des chercheurs universitaires s’attache à mettre en avant l’œuvre de Jules Vallès mais aussi tout le contexte historique, idéologique et culturel de l’époque.

- Dentelle traite de l’histoire et des techniques de la dentelle aux fuseaux.

…et bien d’autres encore…

 

Enfin, la bibliothèque abrite aussi une presse ancienne locale très riche. Il est ainsi possible de consulter L’Eveil de la Haute-Loire de 1944 à 2007 et ses ancêtres avant 1944 ; de très nombreux journaux de l’époque de la Libération en Haute-Loire et d’autres concernant des villes proches du Puy comme Yssingeaux et Brioude… Il y en a pour tous les goûts et toutes les envies !

FondBiblioLePUY 034

Où les hollandais refont le monde, pour le plaisir de nos yeux...

1.Sans titre

Saviez-vous que votre bibliothèque conserve entre ses murs l'un des plus incroyables atlas qui aient jamais été publiés ? Il s'agit de l'Atlas Maior, ou Géographie blaviane, du cartographe hollandais Joann Blaeu, dans sa très belle édition originale débutée en 1662.

2.ans titre

4.1FotoJet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Son format très impressionnant, douze volumes in-folio (plus de 50 cm de haut), présente de belles reliures de parchemin estampé à la feuille d'or, dans un motif typique du XVIIe siècle.

Avec ses rabats sur les tranches, elles-mêmes dorées, on parle de « reliure hollandaise ». Les finitions sont soignées : on remarque notamment les tranchefiles de soie verte, assorties aux liens des fermoirs.

1.Sans titre

trFotoJet2

 

 

 

 

 

 

 

carteFotoJet2

 

Mais c'est lorsque l'on ouvre ces pages que l'on découvre le vrai trésor. 594 cartes, colorisées à la main pour la plupart, qui parcourent le monde connu.

On y retrouve l’Arctique, l'Afrique, l’Asie, l’Europe et l’Amérique, dans la vision que l'on en avait dans cette deuxième moitié du XVIIe siècle.

 

Les textes sont émaillés de gravures illustrant les curiosités locales, tandis que les cartes tentent de représenter les populations de certaines régions du monde.

FotoJetpole2

FotoJettat2

 

 

 

 

 

 

 

 

1.Sans titre

 

Dans le premier volume, le texte s'ouvre sur un rappel des principes géographiques de base.

 

Joann Blaeu y décrit sans détour les deux visions cosmographiques les plus répandues : le géocentrisme et l'héliocentrisme.

 

 

 

 

 

 On dit de cet atlas qu'il fut le livre le plus grand et le plus cher de son siècle. Il a nettement marqué l'histoire de la cartographie, au point de faire partie du Canon historique des Pays-Bas, la liste officielle des 50 personnalités, œuvres et événements qui résument la formation des Pays-Bas.

FotoJetfin2

 Si cet article a éveillé votre curiosité, n'hésitez pas à demander à consulter ce document ! Pour cela, rendez-vous au deuxième étage de la bibliothèque, avec votre carte d'abonnement, obligatoire pour consulter des documents du fonds patrimonial.

Toutes les images de cette page sont issues de notre édition de l'Atlas Maior.

Où l'on en apprend sur la fabrication des livres médiévaux...

IMG 58001

 

Aujourd’hui, focus sur un manuscrit du XIVe siècle, incontournable de l’enseignement universitaire au Moyen-âge : le commentaire de Saint Thomas d’Aquin sur les Sentences de Pierre Lombard.

 

 

 

 

 

 

 Vers 1146, Pierre Lombard, évêque italien et professeur à l’école de la Cathédrale Notre-Dame de Paris, rédige un traité de théologie fondamental : les Quatre livres de sentences. Il est utilisé dans les universités comme manuel de théologie du XIIIe au XVIe siècle.

 

Vers le milieu du XIIIe siècle, Thomas d’Aquin, alors étudiant à Paris, en rédige le commentaire, avant de devenir lui aussi enseignant.

 

IMG 5766

 

Notre manuscrit, qui est une copie rédigée au XIVe siècle de ce commentaire, s’ouvre sur une miniature légèrement réhaussée d'or représentant un enseignant face à deux élèves. Serait-ce Pierre Lombard ou Thomas d’Aquin ...?

 

Sa reliure n’est certainement pas tout à fait contemporaine de l’écriture du texte, mais on trouve des éléments typiques de la fin du XVe ou du début XVIe siècle :

IMG 5746

IMG 5744

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Couvrure de peau "mégissée", ou "retournée" (qu’on appelle aussi parfois à tort "peau de daim") : elle est obtenu en utilisant le côté chair du cuir, plutôt que son côté extérieur, ce qui lui donne un aspect très velouté.

IMG 5756IMG 5843

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La couvrure est tendue sur des "ais", des planchettes de bois. On voit nettement les vestiges d’anciens fermoirs, ainsi que des miniuscules perforations qui indiquent la disparition de petites pièces métalliques décoratives appelées des "bouillons".

bouillons

Ce manuscrit modeste nous offre de nombreux éléments qui, lorsque l’on s’attarde à les contempler, montrent différentes étapes de sa fabrication.

 

Le parchemin utilisé est de qualité très inégale, souvent assez mauvaise. Le bord des feuillets est parfois à la forme de la peau plutôt qu’à celle du corps d’ouvrage.

forme

trou1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Certaines sont particulièrement jaunes, et présentent des imperfections nettes, qui peuvent avoir subi une tentative de réparation.

trou2trou3

 

 

 

 

 

 

 

 Dans le texte, on peut voir des traits délimitant les colonnes et les lignes d’écriture, à la manière d’un guide-âne : c’est la réglure. Utilisée par les copistes pour cadrer le texte, la réglure est souvent visible encore aujourd’hui.

reglure

 

let1

 

De nombreuses petites lettrines ouvrent des paragraphes importants : on voit que le copiste a simplement tracé une petite lettre à l'encre noire, que l’enlumineur est ensuite venu reprendre en décoration.

 

 

 

let3

let2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Seule fioriture de tout ce manuscrit dédié à l’étude : le premier feuillet présente un petit monstre à tête humaine. Il est typique de ce mouvement gothique qui inonde les pratiques artistiques de cette époque.

monstre

 

Si cet article a éveillé votre curiosité, n'hésitez pas à demander à consulter ce document ! Pour cela, rendez-vous au deuxième étage de la bibliothèque, avec votre carte d'abonnement, obligatoire pour consulter des documents du fonds patrimonial.

Toutes les images de cette page sont issues de notre manuscrit "Ms 8". L'Institut de Recherche et d'Histoire des Textes l'a entièrement numérisé. Vous pouvez le consulter sur le site de la Bibliothèque Virtuelle des Manuscrits Médiévaux, en cliquant ici.

Retrouvez toutes les références de nos manuscrits sur le Catalogue Collectif de France.