Pedrosa MoreilVoici venir un nouvel âge d’or : celui de la bande dessinée, car l’œuvre de Pedrosa et Moreil réinvente les codes d’un art pour raconter une belle geste médiévale.

 

Nous sommes plongés dans un Moyen-Âge très proche du nôtre, s’aventurant du côté des contes sombres de Grimm ou d’une poésie exubérante à la Jacques Demis. L’héroïne, fille du roi décédé, est destituée de son trône. Commencent alors pour elle une fuite et une quête au milieu de révoltes paysannes où sourde un anachronique, mais non moins pertinent, « Printemps des peuples ».

La princesse-paladin est un personnage fantastique : une jeune femme indépendante et pleine de doutes, attachée à sa société et envieuse d’un renouveau, iconoclaste et révérant un passé mystérieux. Elle est l’argument séduction du livre. On s’attache à elle aussitôt, et on la suit avec passion, dans une catharsis totale de ses propres émotions. Les autres personnages ne sont pas en reste : un chevalier au dévouement fou, des sœurs cachées dans un monastère secret, un écuyer révolutionnaire, un paysan édenté, un vieux seigneur à la Don Quichotte et un méchant prodigieusement détestable.

Le dessin est une claque, une déflagration, un séisme visuel, une originalité sans faille. Dès les premières pages, les auteurs nous plongent dans une forêt médiévale chatoyante, brûlant d’un roux doré d’automne. C’est l’embrasement de toute scène. On est happé dans cette lumière fantastique. Puis, ce sont des visages croqués de si étrange et surprenante façon. Et enfin, un jeu sur l’action des personnages qui se déplacent parfois dans les cases, comme s’ils allaient plus vite que l’œil qui les regarde.

Les tableaux que sont toutes ces planches font ressurgir un Moyen-Âge assez bien documenté où la perspective balbutie quelque fois, et où tous les angles et les reliefs semblent permis. Par exemple, une scène où l’héroïne tombe dans une rivière et nous entraîne avec elle dans le basculement de sa conscience est une folle réussite.

On ne peut que remercier ces deux auteurs pour le trait, l’inventivité et la justesse de l’histoire. L’Âge d’or promet un deuxième volume. Nul doute que ce diptyque ne constitue dès-lors un futur classique.

L'âge d'or / Roxane Moreil et Cyril Pedrosa

 

Philippe

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